Pie VI (1775 - 1799)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Pie VI

Né à Cesena le 27 décembre 1717; élu le 15 février 1775; décédé à Valence en France le 29 août 1799. Issu d'une famille noble mais désargentée, il fut éduqué par les Jésuites au Collège de Cesena puis étudia le droit à Ferrare. Après une mission diplomatique à Naples, il fut nommé secrétaire pontifical et chanoine de Saint-Pierre en 1755. Clément XIII le nomma trésorier de l'Eglise Romaine en 1766, et Clément XIV le fit cardinal en 1775. Puis il se retira à l'Abbaye de Subacio, dont il fut abbé commanditaire, jusqu'à son élection sous le nom de Pie VI.

L'Espagne, le Portugal et la France avaient d'abord convenu d'empêcher son élection, parce qu'ils pensaient qu'il était ami des Jésuites; il était bien disposé envers l'ordre, mais il n'osa pas révoquer la bulle de sa suppression. Cependant il ordonna la libération de leur général, Ricci, prisonnier au château de Saint-Ange à Rome, mais le général mourut avant la parution du décret. Sur la requête de Frédéric II de Prusse il permit aux Jésuites de conserver leurs écoles en Prusse, tandis qu'il permit la continuation sans interruption de l'ordre en Russie. Peu après son accession il prit des mesures pour éradiquer les idées gallicanes contre la suprématie du pape, qui avaient été répandues en Allemagne par Hontheim. Joseph II interdit aux évêques autrichiens d'en appeler à Rome pour des autorisations de toute sorte, et supprima d'innombrables monastères. Pie VI résolut de se rendre à Vienne; il quitta Rome le 27 février 1782, et arriva à Vienne le 22 mars. L'empereur le reçut avec respect, bien que le ministre, Kaunitz, négligeât les plus élémentaires règles de l'étiquette. Le pape demeura à Vienne jusqu'au 22 avril 1782. tout ce qu'il obtint de l'empereur fut la promesse que ses réformes ecclésiastiques ne contiendraient aucune violation des dogmes catholiques, et ne compromettraient en rien la dignité du pape. L'empereur accompagna le pape sur le chemin du retour jusqu'au monastère de Mariabrunn, et supprima ce monastère quelques heures à peine après que le pape s'en retirât. A peine le pape avait-il rejoint Rome qu'il se vit contraint de protester à nouveau contre la confiscation injustifiable des biens de l'Eglise par l'empereur. Mais quand Joseph II pourvut de sa propre autorité le siège épiscopal vacant de Milan, Pie protesta solennellement, et c'est probablement à cette occasion qu'il menaça l'empereur d'excommunication. Le 23 décembre 1783, l'empereur fit une apparition inopinée à Rome pour rendre au pape sa visite. Il était déterminé à continuer ses réformes ecclésiastiques, et fit connaître au diplomate espagnol, Azara, son projet de séparer entièrement l'Eglise allemande de Rome. Ce dernier, cependant, le dissuada de prendre cette issue fatale. Pour éviter des choses pires encore, le pape lui garantit le droit de nommer les évêques dans les duchés de Milan et Mantoue, dans un concordat daté du 20 janvier 1784 (cf Nussi, Conventiones de rebus ecclesiasticis et civilibus inter S. Sedem et civilem potestatem, Mayence, 1870, 138-9).

L'exemple de Joseph fut suivi en Toscane par son frère, le Grand Duc Léopold II et l'évêque Scipio Ricci de Pistoia. Ici, les réformes antipapales culminèrent au Synode de Pistoia en 1786, où les doctrines de Jansenius et de Quesnel furent approuvées, et la suprématie papale éliminée. Dans sa bulle Auctorem fidei du 28 août 1794, le pape condamna les actes et en particulier quatre-vingt cinq propositions de ce synode. En Allemagne, les trois électeurs ecclésiastiques de Mayence, Trèves et Cologne, ainsi que l'archevêque de Salzbourg, tentèrent de restreindre l'autorité papale en convenant d'un congrès à Ems. Avec le Portugal, les relations papales devinrent très amicales après l'accession de Maria Iere en 1777, et un concordat satisfaisant fut signé en 1778 (Nussi, loc. cit., 138-39). En Espagne, en Sardaigne et à Venise les gouvernements, dans une large mesure, suivirent les traces de Joseph II. Mais les réformes anti-ecclésiastiques les plus décapantes furent celles des Deux-Siciles. Ferdinand IV refusa l'exécution de toutes les brèves papales qui seraient passées sans la permission royale, et réclama le droit de nommer tous les bénéficiaires ecclésiastiques. Pie VI refusa d'accepter les évêques nommés par le roi et, en conséquence, il y avait en 1784 trente sièges vacants dans le seul royaume de Naples, nombre qui monta jusqu'à soixante en 1798. De plus, Le roi refusa de reconnaître la suzeraineté papale qui existait depuis huit cents ans. Le pape fit des ouvertures répétées, mais le roi persista à nommer tous les sièges vacants. En avril 1791, quand plus de la moitié des sièges du Royaume de Naples furent vacants, un compromis temporaire fut trouvé et cette année-là soixante-deux sièges vacants furent pourvus (Rinieri, loc. cit., infra).

En réponse à l'application du clergé des Etats-Unis, une bulle d'avril 1788 érigea Baltimore en Siège Episcopal.

Pie VI remit les finances papales sur une meilleure base; il irrigua les terres marécageuses des environs de Città della Pieve, Pérouse, Spolète, et Trevi; il fit draguer les ports de Porto d'Anzio et de Tarracina; il ajouta une nouvelle sacristie à la Basilique Saint-Pierre, compléta le Musée Pio-Clementino et l'enrichit de nombreuses pièces d'art de grande valeur; il restaura la Via Appia et irrigua la majeure partie des Marais Pontins.

Après la Révolution Française, Pie rejeta la Constitution Civile du Clergé le 13 mars 1791, suspendit les prêtres qui l'acceptèrent, aida autant qu'il le put le clergé banni et protesta contre l'exécution de Louis XVI. La France répliqua en annexant les petits territoires papaux d'Avignon et du Comtat Venaissin. La coopération du pape avec les Alliés contre la République Française, et le meurtre de Basseville, l'attaché Français à Rome, causé par sa propre faute, conduisit à l'invasion par Napoléon des Etats Pontificaux. Lors de la trêve de Bologne (25 juin 1796), Napoléon dicta ses termes: vingt-et-un millions de francs, la libération des criminels politiques, le libre accès des vaisseaux français dans les ports pontificaux, l'occupation de la Romanie par les troupes françaises etc. A la paix de Tolentino (19 février 1797), Pie VI fut contraint d'abandonner Avignon, Venaissin, Ferrare, Bologne, et la Romanie, ainsi qu'à payer quinze millions de francs et à abandonner de nombreuses oeuvres d'art et des manuscrits. Dans une tentative de porter la révolution dans Rome, le général français Duphot fut tué par balles, ce dont les Français prirent prétexte pour envahir Rome le 10 février 1798 et proclamer la République Romaine le 15 février. Comme le pape refusait de se soumettre, il fut enlevé de Rome par la force dans la nuit du 20 février, et conduit d'abord à Sienne puis à Florence. A la fin de mars 1799, bien que gravement malade, il fut traîné à Parme, Plaisance, Turin, puis au-delà des Alpes à Briançon et Grenoble, et finalement à Valence, où il succomba à ses souffrances avant de pouvoir être conduit plus loin. Il fut d'abord enterré à Valence, mais ses cendres furent transférées à Saint Pierre de Rome le 17 février 1802. Sa statue en position agenouillée, exécutée par Canova, fut placée dans la Basilique Saint Pierre devant la crypte du Prince des Apôtres.


Bullarii Romani Continuatio, éd. BARBERI (Rome, 1842 sq.), V-X; Collectio Brevium atque Instructionem Pii Papæ VI quæ ad præsentes Gallicanarum ecclesiarum calamitates pertinent (2 vols., Augsburg, 1796); Acta Pii VI quibus ecclesia catholica calamitatibus in Gallia consultum est (2 vols., Rome, 1871); BOURGOING, Mémoires historiques et philosophiques sur Pie VI et son pontificat (2 vols., Paris, 1900); GENDRY, Pie VI. Sa vie, son pontificat 1777-99, d'après des archives vaticanes et de nombreux documents inédits (2 vols., Paris, 1907); WOLF, Gesch. der Kath. Kirche unter der Regierung Pius VI (Zürich, 1793- 1802), 7 vols. (Josephinistic); BECCATINI, Storia di Pio VI (4 vols., Venise, 1801-02); FERRARI, Vita Pii VI (Padua, 1802); BERTRAND, Le Pontificat de Pie VI et l’athéisme révolutionnaire (2 vols., Bar­le­Duc, 1879); SAMPSON, Pius VI and the French Revolution in Amer. Cath. Quarterly Review (New-York, 1907), 220-40, 413-40, 601-31; Pius VI in Catholic World, XIX (New York, 1874), 755-64; TIEPOLI, Relazioni sul conclave per la elezioni di papa Pio VI (Venise, 1896); KÖNIG, Pius VI und die Säkularisation, Program (Kalksburg, 1900); SCHLITTER, Pius VI und Joseph II von der Rückkehr des Papstes nach Rom bis zum Abschluss des Konkordats, ibid. II (Vienne, 1894); CORDARA, De profectu Pii VI ad aulam Viennensem ejusque causis et exitu commentarii, ed. BOËRO (Rome, 1855); RINIERI, Della rovina di una Monarchia, Relazioni storiche tra inediti dell' Archivo Vaticano (Turin, 1910); BALDASSARI, Histoire de l'enlèvement et de la captivité de Pie VI (Paris, 1839), Ger. tr. STECK (Tübingen, 1844); MADELIN, Pie VI et la première coalition in Revue des quest. hist., LXXXI (Paris, 1903), 1-32.
MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, janvier 2000.