Sixte Quint (1585 - 1590)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Sixte Quint

(FELICE PERETTI)

Né à Grottamare près de Montalto le 13 décembre 1521; élu le 24 avril 1585; couronné le 1er mai 1585; décédé au Quirinal le 27 août 1590. Il appartenait à une famille dalmatienne qui, au milieu du siècle précédent, s'était enfuie en Italie pour échapper aux Turcs qui dévastaient l'Illyrie et menaçaient d'envahir la Dalmatie. Son père était jardinier et on dit de Felice que, dans son enfance, il fut porcher. A l'âge de neuf ans il se rendit au couvent Franciscain de Montalto, où son oncle, Fra Salvatore, était religieux. Il devint novice à l'âge de douze ans. Il fut éduqué à Montalto, Ferrare et Bologne et fut ordonné à Sienne en 1547. Le talentueux jeune prêtre gagna une forte réputation de prédicateur. A Rome où, en 1535, il prêcha les sermons du Carême dans l'Eglise des Saints Apôtres, ses remarquables sermons lui gagnèrent l'amitié de bien des hommes influents, tels le Cardinal Carpi, protecteur de son ordre; les cardinaux Caraffa et Ghislieri, qui tous deux devinrent papes; Saint Philippe Neri et Saint Ignace. Il fut successivement nommé recteur de son couvent à Sienne en 1550, à Saint Laurent de Naples en 1553, et au couvent du Frari à Venise en 1556. Un an plus tard, Pie IV le nomma aussi conseiller de l'Inquisition à Venise. Son zèle et sa sévérité en tant qu'inquisiteur déplut au gouvernement vénitien, qui demanda et obtint son rappel en 1560. De retour à Rome, il fut nommé conseiller du Saint Office, professeur à la Sapienza et procurateur général et vicaire apostolique de son ordre. En 1565, Pie IV le désigna pour accompagner en Espagne le Cardinal Buoncompagni (le futur pape Grégoire XIII), qui devait instruire une charge d'hérésie contre l'archevêque Carranza de Tolède. C'est de cette époque que date l'antipahtie entre Peretti et Buoncompagni, qui se manifesta plus ouvertement durant le pontificat de ce dernier (1572-1585). Lors de son retour à Rome en 1566, Pie V le fit cardinal de Sainte-Agathe-des-Goths au Royaume de Naples, et plus tard le choisit comme confesseur. Le 17 mai 1570, le même pape le fit cardinal-prêtre de l'Eglise titulaire de Saint-Simon, qu'il échangea ensuite pour celui de S. Girolamo dei Schiavoni. En 1571, il fut transféré au Siège de Fermo. Il était populaire sous le nom de Cardinal di Montalto. Durant le pontificat de Grégoire XIII, il se retira des affaires publiques, se dévouant à l'étude et à la collecte d'oeuvres d'art, dans la mesure de ses moyens. C'est à cette époque qu'il édita les oeuvres de Saint Ambroise (Rome, 1579-1585) et érigea une villa (aujourd'hui Villa Massimi) sur l'Esquilin.

Grégoire XIII mourut le 10 avril 1585, et après un conclave de quatre jours, Peretti fut élu pape par « adoration » le 24 avril 1585. Il prit le nom de Sixte V (Sixte-Quint), en mémoire de Sixte IV, qui avait aussi appartenu aux Frères Mineurs. La légende disant qu'il entra au conclave avec des béquilles en feignant l'infirmité du grand âge et, après son élection, exulta en jetant ses béquilles et apparut plein de vie et de force a été depuis longtemps démentie; elle peut toutefois avoir été inventée comme symbole de son inactivité forcée durant le règne de Grégoire XIII, contrastant avec la remarquable énergie qu'il manifesta durant les cinq années de son pontificat. C'était un chef né, et particulièrement bien disposé pour juguler la marée de désordres et d'illégalité qui avait éclaté vers la fin du règne de Grégoire XIII. Ayant obtenu la coopération des Etats voisins, il extermina, souvent avec une excessive cruauté, le système de brigandage qui avait atteint d'immenses proportions et terrorisait toute l'Italie. Le nombre de bandits dans Rome et au dehors, à la mort de Grégoire XIII, a été diversement évalué entre douze mille et vingt-sept mille, et en à peine plus de deux ans après l'accession de Sixte-Quint, les Etats Pontificaux étaient devenus le pays le plus sûr d'Europe.

Un autre sujet aussi important que l'extermination des bandits, fut pour Sixte V l'assainissement des finances papales. Lors de son accession, le trésor pontifical était vide. Agissant selon son principe favori, voulant que les richesses soient aussi nécessaires à un bon gouvernement que la sévérité, il usa de tous les moyens possibles pour reconstituer le trésor de l'Etat. Il fut si efficace dans l'accumulation de l'argent que, en dépit de ses énormes dépenses pour l'entretien des bâtiments publics, il déposa, peu de temps avant sa mort, trois millions de scudi d'or et un million six cent mille d'argent au Château Saint-Ange. Il ne considérait pas que, sur le long terme, geler un si grand capital fût certain d'appauvrir le pays et d'affaiblir le commerce. Pour obtenir d'aussi fortes sommes, il économisa sur tout, sauf sur les travaux d'architecture; il augmenta le nombre de charges publiques à vendre; il imposa de nouvelles taxes et étendit les monti ou prêts publics qui avaient été institués par Clément VII. Bien qu'extrêmement économe sur d'autres matières, Sixte V dépensa d'immenses sommes dans l'érection d'ouvrages publics. Il construisit le Palais du Latran; acheva le Quirinal; restaura l'Eglise de Sainte Sabine sur l'Aventin; reconstruisit l'église et l'hospice de San Girolamo dei Schiavoni; agrandit et améliora la Sapienza; fonda l'hospice pour les pauvres près du Ponte Sisto; construisit et décora richement la Chapelle du Berceau dans la Basilique Sainte-Marie Majeure; compléta la coupole de Saint-Pierre; éleva les obélisques du Vatican, de Sainte-Marie Majeure, du Latran, et de Sainte-Marie du Peuple; restaura les colonnes de Trajan et d'Antoninus Pius, plaçant la statue de Saint Pierre sur le premier et celle de Saint Paul sur le second; érigea la Bibliothèque du Vatican avec son imprimerie annexe et cette aile du Vatican qui est habitée par le pape; construisit de nombreuses et magnifiques rues; érigea divers monastères; et fournit Rome en eau, l'Acqua Felice, qu'il amenait à la ville sur une distance de trente kilomètres, en partie par le sous-sol et en partie par des aqueducs aériens. A Bologne, il fonda le Collegio Montalto pour cinquante étudiants des Marches d'Ancône.

Profondes furent les réformes que Sixte Quint introduisit dans la gestion des affaires ecclésiastiques. Le 3 décembre 1586, il publia une bulle Postquam verus, fixant le nombre des cardinaux à soixante-dix, à savoir six cardinaux-évêques, cinquante cardinaux-prêtres et quatorze cardinaux-diacres. Avant son pontificat, les affaires ecclésiastiques étaient généralement réglées par le pape en consistoire avec les cardinaux. Il y avait, de fait, quelques congrégations cardinalices permanentes, mais la sphère de leurs compétences était très limitée. Dans sa bulle Immensa aeterni Dei du 11 février 1588, il établit quinze congrégations permanentes, certaines étant concernées par les affaires spirituelles et d'autres par les affaires temporelles. C'étaient les congrégations: (1) de l'Inquisition; (2) de la Signature; (3) de l'Etablissement des Eglises; (4) des Rites et Cérémonies; (5) de l'Index et des Livres Interdits; (6) du Concile de Trente; (7) du Clergé Régulier; (8) des Evêques; (9) de la Presse du Vatican; (10) de l'Annona, pour l'approvisionnement de Rome et des provinces; (11) de la Marine; (12) du Trésor Public; (13) de la Sapienza; (14) des Routes, des Ponts et des Eaux; (15) des Consultations de l'Etat. Ces congrégations soulageaient le travail du pape, sans limiter son autorité en aucune façon. La décision finale appartenait au pape. Dans la création de cardinaux, Sixte Quint fut, par règle, guidé par leurs qualités. Le seul soupçon de népotisme qui pourrait lui être reproché fut de donner la pourpre à son petit-neveu de 14 ans, Alessandro qui, toutefois, honora le Sacré Collège et n'exerça jamais d'influence injustifiée.

En 1588, il publia, aux Presses du Vatican, une édition de la Septante, révisée par le Vatican. Son édition de la Vulgate, imprimée peu de temps avant sa mort, fut retirée de la circulation en raison des nombreuses erreurs qu'elle contenait, puis corrigée et republiée en 1592. Quoiqu'ami des Jésuites, il s'opposa à certaines de leurs règles, et particulièrement au titre Société de Jésus. Il était sur le point de les réformer quand la mort l'emporta. Une statue, érigée en son honneur sur le Capitole durant sa vie, fut renversée par la populace juste après sa mort.


VON HUBNER, Sixte-Quint (Paris, 1870), tr. JERNINGHAM (Londres, 1872); BALZANI, Rome under Sixtus V in Cambridge Modern History, III (Londres, 1905), 422-55; ROBARDI, Sixti V gesta guinquennalia (Rome, 1590); LETI, Vita di Sisto V (Lausanne, 1669), tr. FARNEWORTH (Londres, 1754), non fiable; TEMPESTI, Storia della vita e geste di Sisto V (Rome, 1755); CESARE, Vita di Sisto V (Naples, 1755); LORENTZ, Sixtus V und seine Zeit (Mayence, 1852); DUMESNIL, Hist. de Sixte-Quint (Paris, 1869); CAPRANICA A, Papa Sixto, storia del s. XVI (Milan, 1884); GRAZIANI, Sisto V e la riorganizzazione della s. Sede (Rome, 1910); GOZZADINI, Giovanni Pepoli e Sisto V (Bologne, 1879); SEGRETAIN, Sixte-Quint et Henri IV (Paris, 1861); CUGNONI, Memorie autografe di Papa Sisto V in Archivio della Soc. Romana di storia patria (Rome, 1882); BENADDUCI, Sisto documento inedito per la storia di Sisto V (Venise, 1896); ROSSI-SCOTTI, Pompilio Eusebi da Perugia e Sisto papa V (Pérouse, 1893); PAOLI, Sisto V e i banditi (Sassari, 1902); HARPER in Amer. Cath. Quarterly Review, III (Philadelphie, 1878), 498-521.

Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Décembre 2015.