St Sylvère Ier (536 - 537)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Sylvère Ier

Date de naissance et de mort inconnues. Il était le fils du pape Hormisdas, qui avait été marié avant de devenir membre du haut clergé. Silvère entra au service de l'Eglise; il était sous-diacre de Rome quand le pape Agapet mourut à Constantinople, le 22 avril 536. L'impératrice Théodora, qui favorisait les monophysites, cherchait à obtenir l'élection comme pape du diacre Romain Vigile, qui se trouvait alors à Constantinople et lui avait donné les garanties désirées quant aux monophysites. Toutefois, Théodatus, Roi des Ostrogoths, qui souhaitait empêcher l'élection d'un pape en cheville avec Constantinople, la devança et, par son influence, parvint à faire élire le sous-diacre Silvère. L'élection d'un sous-diacre comme évêque de Rome était inhabituelle. En conséquence, il est facile de comprendre que, comme le rapporte l'auteur de la première partie de la biographie de Silvère dans le Liber pontificalis (ed. Duchesne, I, 210), une forte opposition à cette élection se fit jour dans le clergé. Elle fut cependant apaisée par Théodatus si bien que, finalement, après que Silvère fut consacré évêque (probablement le 8 juin 536), tous les presbytres Romains consentirent à souscrire à son élévation. L'affirmation faite par l'auteur déjà mentionné que Silvère obtint l'intervention de Théodatus en contrepartie d'une somme d'argent est invérifiable, et peut s'expliquer par l'opinion hostile de l'auteur envers ce pape et envers les Goths. L'auteur de la seconde partie de sa vie dans le Liber Pontificalis est favorablement disposé envers Silvère. Le pontificat de ce pape correspond à une époque instable et troublée, et il se vit lui-même victime des intrigues de la cour byzantine.

Lorsque Silvère devint pape, l'impératrice Théodora chercha à le gagner à la cause monophysite. Elle désirait, en particulier, le mettre en communion avec le patriarche monophysite de Constantinople, Anthimus, qui avait été excommunié et déposé par Agapet, ainsi qu'avec Sévère d'Antioche. Cependant, le pape ne se compromit en rien et Théodora chercha alors à le renverser afin d'obtenir le siège pontifical pour Vigile. Rome traversa des temps troublés durant ce combat, qui éclatèrent en Italie entre les Ostrogoths et les Byzantins après la mort d'Amalasuntha, fille de Théodoric le Grand. Le roi ostrogoth, Vitigès, qui monta sur le trône en août 536, assiégea la ville. Les églises placées au-dessus des catacombes en dehors des murs de la ville furent dévastées, les tombes des martyrs dans les catacombes elles-mêmes furent saccagées et profanées. En décembre 536, le général byzantin Belisarius prit ses quartiers dans Rome et fut reçu par le pape de façon courtoise et amicale. Théodora chercha à utiliser Belisarius pour réaliser son plan visant à déposer Silvère et mettre à sa place le diacre Romain Vigile, qui avait été secrétaire à Constantinople, et qui se rendait maintenant en Italie. Antonina, épouse de Belisarius, influença son mari dans le sens souhaité par Théodora. Au moyen d'une fausse lettre, le pape fut accusé de trahison en conspiration avec le roi gothique qui assiégeait Rome. Il fut affirmé que Silvère avait offert au roi de laisser une des portes de la cité secrètement ouverte afin de permettre aux Goths d'entrer. En conséquence, Silvère fut arrêté en mars 537, on lui arracha durement sa robe pontificale, on le revêtit d'un habit de moine et on l'emmena en exil en Orient. Vigile fut consacré évêque de Rome à sa place.

Silvère fut emmené en Lycie où il fut assigné à résidence à Patara. L'évêque de Patara découvrit rapidement que le pape en exil était innocent. Il se rendit à Constantinople et parvint à rassembler pour l'empereur Justinien de telles preuves de l'innocence de l'exilé que l'empereur écrivit à Belisarius en exigeant un nouvel examen de l'affaire. S'il devait apparaître que la lettre concernant le supposé complot en faveur des Goths était un faux, Silvère devait être remis aussitôt en possession du siège pontifical. Dans le même temps l'empereur autorisa Silvère à retourner en Italie, et ce dernier regagna rapidement le pays, apparemment à Naples. Cependant, Vigile parvint à charger son prédécesseur illégalement déposé. Il agit bien évidemment en accord avec l'impératrice Théodora et fut aidé par Antonina, la femme de Belisarius. Silvère fut emmené sur l'île de Palmaria dans la mer Tyrrhénienne, et gardé dans un étroit confinement. Il y mourut en conséquence des privations et des durs traitements qui lui avaient été infligés. L'année de sa mort est incertaine, mais il ne survécut probablement pas longtemps à son internement à Palmaria. Il fut enterré sur l'île, selon le témoignage du Liber Pontificalis, le 20 juin. Ses cendres ne furent jamais ramenées de Palmaria. Selon le même témoin, il fut invoqué après sa mort par les croyants qui visitaient sa tombe. Dans une époque plus tardive il fut vénéré comme saint. La plus ancienne preuve en est donnée par une liste de saints du onzième siècle (Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1893, 169). Le martyrologe de Pierre de Natalibus, datant du quatorzième siècle, contient aussi sa fête, qui est consignée au 20 juin dans l'actuel martyrologe Romain.


Liber pontificalis, ed. DUCHESNE, I, 290-95; LIBERATUS, Breviarium causoe Nestorianorum et Eutychianorum, XXII, in P.L., LXVIII, 1039 sq.; PROCOPIUS, De bello gothico, I, xxv; Acta SS., June, IV, 13- 18; JAFFÉ, Regesta pont. rom., I, 2nd ed., 115 sq.; LANGEN, Gesch. der römischen Kirche, II, 341 sqq.; GRISAR, Gesch. Roms u. der Päpste, I, 502-04, et suiv.; HEFELE, Konziliengesch.,II, 2nd ed., 571.

J.P. KIRSCH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Mars 2000.