St Symmaque (498 - 514)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Symmaque

Date de naissance inconnue; décédé le 19 juillet 514. D'après le Liber Pontificalis (ed. Duchesne, I, 260), il était natif de Sardaigne et son père s'appelait Fortunatus. Symmaque fut baptisé à Rome (Thiel, Epist. pont. rom., I, 702), entra dans les rangs du clergé de Rome, et fut ordonné diacre. Juste après la mort du pape Anastase II, Symmaque fut élu pour lui succéder par une majorité du clergé Romain à la Basilique de Latran le 22 novembre 498. L'élection fut approuvée par une partie du sénat Romain et il fut aussitôt consacré évêque de Rome. Plus tard ce même jour, une minorité du clergé, favorable aux Byzantins et soutenue par une partie du sénat se réunit dans la basilique Saint-Marie-Majeure et élut pape l'archiprêtre romain Laurentius. Selon Théodore Lector (P.G., LXXXVI, 193), le parti Laurentien était soutenu par de l'argent fourni principalement par le riche sénateur Festus, qui espérait ainsi exercer son influence sur Laurentius pour l'amener à signer l' Henotikon, l'édit de foi de l'empereur Zénon. Les autres sources ne parlent pas de telles motivations mais elles sont très probables, et ainsi le témoignage de Théodore peut être valablement accepté. Les deux partis, toutefois, se mirent d'accord sur le fait que les deux candidats devaient se présenter à Ravenne devant le roi gothique Théodoric, chef de l'Italie, et se ranger à sa décision. Théodoric s'étant prononcé en faveur de Symmaque au motif qu'il avait été élu le premier et par la majorité du clergé, Laurentius se soumit à sa décision. Lors d'un synode tenu à Rome le 1er mars 499, dont les minutes ont été préservées, Symmaque, qui était maintenant universellement reconnu, octroya à Laurentius le diocèse de Nocera en Campanie. Le synode ordonna que tout clerc Romain qui chercherait à gagner des voix pour un successeur à la papauté durant la vie du pape, ou qui susciterait des conférences ou tiendrait des consultations dans ce but, se verrait démettre de ses fonctions. Le roi Théodoric reçut une ovation de remerciements pour sa décision impartiale. Quand le roi vint à Rome l'année suivante, il fut reçu avec éclat, tant par le pape que par le peuple.

Toutefois, le parti byzantin, à la tête duquel se trouvaient les sénateurs Festus et Probinus, ne se départit pas de son hostilité ni de son espoir de renverser le pape et de regagner le siège papal pour Laurentius. L'opportunité apparut l'année suivante, en 501. Le pape Symmaque célébra Pâques le 25 mars, suivant le vieux cycle Romain, tandis que les Byzantins et d'autres observèrent la fête le 22 avril, en vertu d'un nouveau calcul. Le parti Laurentien en appela au roi Théodoric contre le pape, ajoutant d'autres accusations à cette digression sur la célébration de Pâques. Théodoric convoqua le pape et Symmaque se mit en route pour le rencontrer. A Rimini, Symmaque prit connaissance du contenu des accusations et, refusant de reconnaître le roi comme son juge, rentra à Rome. Le parti opposé l'accusa alors, entre autres sujets, de spolier les biens de l'Eglise. Ce parti gagna en force et occupa le palais du Latran, si bien que le pape fut obligé de s'installer près de l'église de Saint-Pierre-Hors-les-Murs. Ses opposants demandèrent au roi de convoquer un synode pour l'investigation des accusations portées contre le pape, et d'envoyer un émissaire à Rome. Symmaque fut d'accord pour l'ouverture d'un synode, mais lui et ses adhérents protestèrent contre l'envoi d'un mandataire. Théodoric, toutefois, envoya comme émissaire l'évêque Pierre d'Altinum en Haute-Italie, qui devait administrer l'Eglise romaine à la place du pape accusé. Pierre vint à Rome et, contraitement aux instructions du roi, se laissa influencer par les adhérents de Laurentius, si bien que Théodoric, par la suite, le limogea.

Peu après Pâques, entre mai et juillet 502, le synode se rassembla dans la basilique de Julius (Sainte-Marie en Trastevere). Le pape déclara devant le synode qu'il avait été convoqué avec son consentement et qu'il était prêt à répondre aux accusations devant ce synode, si l'émissaire du roi était déposé et que l'administration des biens de l'Eglise lui était rendue. Théodoric, cependant, refusa et exigea avant toute chose, un examen des accusations portées contre le pape. Une seconde session du synode fut tenue le 1er septembre 502, dans la basilique Sessorienne (Santa Croce in Gerusalemme), et la minorité lut à haute voix l'accusation portée par le parti Laurentien. Symmaque désira se rendre de St Pierre au synode pour se défendre, mais en chemin il fut attaqué par ses opposants et maltraité, et, s'échappant de justesse, retourna à St-Pierre. Plusieurs prêtres qui l'accompagnaient furent tués ou gravement blessés. Les Goths envoyés par Théodoric lui promirent une solide escorte mais le pape refusa alors d'apparaître devant le synode, bien qu'il y fût invité trois fois. En conséquence, les évêques assemblés déclarèrent à la troisième session, tenue au milieu de septembre, qu'ils ne pouvaient rendre de jugement sur le pape, parce qu'il était apparu deux fois devant ses juges, et parce qu'il n'y avait pas de précédent montrant qu'un occupant du Siège de Rome eût été soumis au jugement d'autres évêques. Ils appelèrent le clergé opposant à se soumettre au pape, et demandèrent au roi de permettre aux évêques de retourner dans leurs diocèses. Toutes ces démarches furent vaines. La majorité du clergé et du peuple se rangeait en fait au côté de Symmaque, mais une minorité du clergé et une majorité des sénateurs étaient à cette époque partisans de Laurentius. C'est pourquoi une quatrième session eut lieu le 23 octobre 502, appelée le Synodus Palmaris (synode palmaire) sans doute à cause de l'endroit où il eut lieu (ad Palmata, Palma) ou parce que c'était la plus importante session (palmaris). A cette session, il fut décidé que, compte tenu des raisons alléguées dans les précédentes sessions, la décision devait être laissée au jugement de Dieu; Symmaque devait être considéré comme libre de tous les crimes dont il était accusé, et par conséquent retrouver le plein exercice de sa charge épiscopale; tous les biens de l'Eglise devaient lui être transférées; quiconque rentrait dans son obéissance devait échapper à tout châtiment, mais quiconque prendrait des fonctions ecclésiastiques dans Rome sans permission papale devrait être considéré comme schismatique. La décision fut signée par soixante-quinze évêques, parmi lesquels se trouvaient les évêques de Milan et de Ravenne. Beaucoup d'évêques rentrèrent alors dans leurs diocèses. La majorité, cependant, se réunit avec les prêtres romains à St Pierre pour une cinquième session sous la présidence de Symmaque le 6 novembre 502. L'édit publié par le préfet Basile en 483, légiférant sur l'administration des possessions de l'Eglise fut déclaré invalide et Symmaque publia un nouvel édit relatif à l'administration de ses biens, portant en particulier sur leur vente.

Le roi Théodoric, qui n'était pas satisfait de la décision du synode, bien qu'une grande majorité de l'épiscopat Italien se trouvât aux côtés du pape légitime, ne fit rien pour promulguer les nouvelles ordonnances. En conséquence, l'opposition rappela à Rome son candidat, Laurentius. Il s'installa au palais du Latran, qui se trouvait entre les mains de ses adhérents, tandis que Symmaque conservait la maison des évêques (episcopium) près de la basilique St-Pierre. La division continua pendant quatre ans, durant lesquels les deux partis engagèrent dans Rome de furieuses querelles. Laurentius vit son portrait ajouté à la série des papes dans l'Eglise de St-Paul-Hors-les-Murs. Cependant, certaines personnes influentes penchèrent en faveur de Symmaque, comme l'évêque Avitus de Vienne qui, sur la demande des évêques gallicans, adressa une lettre pressante au sénat en faveur du pape légitime et pour la restauration de l'unité. Symmaque gagna progressivement nombre de partisans de l'opposition. Le plus grand facteur pour la guérison du schisme fut l'interposition du diacre Dioscorus d'Alexandrie, qui vint à Rome. Il fut mandaté par Symmaque pour aller trouver Théodoric, et gagner le roi à la cause du pape légitime. Apparemment, des motivations politiques pesèrent dans la balance, car le roi souhaitait maintenant agir contre le parti laurentien, qui penchait vers Constantinople. Il ordonna au Sénateur Festus, chef du parti hostile, de rendre à Symmaque toutes les églises de Rome. Laurentius ayant perdu beaucoup d'adhérents parmi les sénateurs, l'ordre du roi fut exécuté sans difficulté. L'antipape, obligé de quitter Rome, se retira dans une ferme appartenant à son protecteur, Festus. Seul un petit parti restait fidèle à Laurentius et refusait de reconnaître Symmaque comme évêque de Rome; mais il était insignifiant et fut plus tard réconcilié par Hormisdas, successeur de Symmaque.

Durant le schisme, nombre d'écrits polémiques apparurent, comme le traité du parti Laurentien Contra Synodum absolutionis incongruae, auquel le diracre Ennodius répondit dans son Libellus adversus eos qui contra Synodum scribere praseumpserunt (Mon. Germ. Hist.: Auct. ant. , VII, 48 sq.). Tandis que l'auteur de la vie de Symmaque dans le Liber Pontificalis est très favorable au pape, l'auteur d'une autre suite de biographies papales soutient la cause de Laurentius (« faction laurentine », ed. Duchesne in Liber pontificalis, I, 44-46). Durant la polémique, les adhérents de Symmaque publièrent quatre écrits apocryphes appelés les Apocryphes Symmaquiens. Ce sont: Gesta synodi Sinuessanae de Marcellino, Constitutum Silvestri, Gesta Liberii, Gesta de purgatione Xysti et Polychronii accusatione. Ces quatre ouvrages ont été insérés dans Coustant, Epist. rom. pontif. (Paris, 1721), appendice, 29 sq.; cf. Duchesne, Liber pontificalis, I, introduction, CXXXIII sq.: « Histoire littéraire des apocryphes symmachiens ». L'objet de ces apocryphes était de fournir des exemples tirés du passé pour soutenir toute la procédure des adhérents de Symmaque et, en particulier, défendre la position que l'évêque de Rome ne pouvait être jugé par aucune cour composée d'autres évêques. Pourtant ces apocryphes ne sont pas les premiers documents venus soutenir cette thèse.

Symmaque défendit vigoureusement les tenants de l'orthodoxie durant les désordres du schisme Acacien. Il défendit, quoique sans succès, les opposants au "Henotikon" dans une lettre à l'empereur Anastase (491-518). Plus tard, de nombreux évêques orientaux persécutés se tournèrent vers le pape à qui ils adressèrent une profession de foi. Peu après 506, l'empereur lui envoya une lettre pleine d'invectives, à laquelle le pape répondit fermement, maintenant sans faillir les droits et la liberté de l'Eglise (Thiel, Epist. rom. pont., I, 700 sq.). Dans une lettre du 8 octobre 512, adressée aux évêques d'Illyrie, le pape avertit le clergé de cette province de ne pas se tenir en communion avec les hérétiques. Peu après le début de son pontificat, Symmaque s'interposa dans la querelle entre les archevêques d'Arles et de Vienne concernant les limites de leurs territoires respectifs. Il annula l'édit publié par Anastase II en faveur de l'archevêque de Vienne et confirma par la suite (6 novembre 513) les droits métropolitains de l'archevêque Caesarius d'Arles, tels qu'ils avaient été fixés par Léon Ier. De plus, il octroya à Caesarius le port du pallium, ce qui est le premier exemple connu d'octroi de cet honneur à un évêque hors d'Italie. Dans une lettre du 11 juin 514, il nomma Caesarius comme représentant des intérêts de l'Eglise aussi bien en Gaule qu'en Espagne, avec droit de réunir les évêques en synode dans certains cas et de donner des lettres de recommandation au clergé qui se rendrait en voyage à Rome. Des questions plus importantes furent soumises au Saint Siège. Dans la ville de Rome, selon le Liber Pontificalis, le pape prit des mesures sévères contre les Manichéens, ordonna de brûler leurs livres, et les chassa de la ville. Il érigea ou restaura et aménagea de nombreuses églises. Ainsi il construisit une église dédiée à Saint André près de la basilique Saint-Pierre, une basilique à Sainte Agnès sur la Via Aurelia, décora l'église de Saint Pierre, reconstruisit entièrement la basilique des Sts Sylvestre et Martin, et fit améliorer la Catacombe du Jordani sur la Via Salaria. Il construisit des maisons épiscopales (episcopia) à la droite et à la gauche du parvis de St-Pierre. Ces bâtiments restèrent évidemment liés à la résidence du pape pendant plusieurs années durant les désordres du schisme Laurentien. Il construisit aussi des hospices pour les pauvres près des trois églises de St-Pierre, St-Paul et St-Laurent se trouvant hors des murs de la ville. Le pape octroya de larges contributions financières au soutien des évêques d'Afrique qui étaient persécutés par les Vandales ariens. Il aida aussi les habitants des provinces de Haute-Italie qui souffraient si douloureusement de l'invasion des barbares. Après sa mort, il fut enterré à la basilique St-Pierre. Symmaque est vénéré comme saint dans l'Eglise Romaine.


Liber pontificalis, ed. DUCHESNE, I, 260-268; JAFFE, Regesta pont. rom. (2nd ed.), I, 96 sq.; THIEL, Epist. rom. pontif., 639 sq.; Acta synodorum Romae habit. a. 499, 501, 502 in Mon. Germ. Hist.: Auct. ant., XII, 393 sq.; GRISAR, Gesch. Roms under der Papste, I, 460 sqq.; LANGEN, Gesch. der romischen Kirche, II, 219 sqq.; HEFELE, Hist. of the Councils of the Church, tr. CLARK, IV (Edinburgh, 1895), 49 sqq., 58-75; STOBER, Quallenstudien zum laurentianischen Schisma in Sitzungsber. der Wiener Akademie, CXII (1886), 269 sqq.; MAASSEN, Gesch. der Quellen des Kirchenrechtesv, I, 411 sqq.; PFEILSCHIFTER, Theoderich der Grosse in Weltgeschichte in Karakterbildern (Mainz, 1910), 44 sqq.; HARTMANN, Gesch. Italiens im Mittellter, I (Leipzig, 1897 7), 142 sqq.

J.P. KIRSCH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Mars 2000.